Le mystère de la naissance

Avec Sintesi di dottrina della razza, publié en 1941 chez l‘éditeur Hoepli comme suite logique de l‘exposition des théories racistes contenues dans « Le Mythe du sang », J. Evola, nous dit le préfacier de l’édition publiée cinquante trois ans plus tard par Ar, formula une doctrine de la race fondée sur la notion traditionnelle de l‘homme comme être tripartite, c’est-à-dire formé de trois éléments : esprit, âme, corps. Adriano Romualdi écrit à juste titre qu’il serait absurde de définir le racisme de J. Evola comme un « racisme de l’esprit », car la race est avant tout une donnée psycho-physique » ; il a raison de voir dans cette théorie evolienne « une analyse du fait racial intégrée dans une dimension plus profonde » ; pourtant, on ne peut pas nier que la caractéristique de la doctrine exposée dans « Synthèse de doctrine de la race» est d’appliquer la catégorie « race » à l’élément spirituel de l’homme, non sans, entreprise ô combien audacieuse, priver préalablement cette catégorie de la valeur grossièrement naturaliste dans laquelle elle risquait de s’épuiser à cause du pesant héritage positiviste et scientiste du dix-neuvième siècle ».

L’œuvre comprend cinq parties, à savoir : « La race comme idée révolutionnaire », « Les trois degrés de la doctrine de la race », « La race de l’âme et la race de l’esprit », « La race aryenne et le problème spirituel », « La race et le problème de la nouvelle « élite » ». Dans le sixième chapitre de la troisième partie, J. Evola aborde un problème fondamental qu’il avait déjà traité dans « Révolte contre le monde moderne » et qu’il sera amené à étudier encore une fois, quelques années après la publication de « Synthèse », dans « La doctrine de l’éveil » : celui de la naissance ; et, en l’occurrence, il le fait, bien entendu, à un point de vue à la fois racial et métaphysique.

Quelques retouches ont été apportées à la version française publiée par L’Homme Libre en 2002.

Il est cependant bon de faire précéder l’exposition des principes directeurs de cette partie du racisme par quelques considérations sur le problème de la naissance, pour éclaircir définitivement ce que nous avons dit de l’hérédité.

Même si l’on est venu à bout de toutes les principales objections que, d’un point de vue immédiat, pratique ou intellectualiste, de bonne ou de mauvaise foi, on a l’habitude d’élever contre la doctrine de la race, il semble en rester une, aussi insurmontable que décisive. Bien, peut-on nous dire, tout ce que vous affirmez est juste. Mais, tout compte fait, un homme est-il coupable d’être né dans une certaine race et non dans une autre ? Est-il donc responsable du fait qu’il a des parents ou des ancêtres « aryens », juifs, nègres ou peaux-rouges ? A-t-il donc voulu tout cela ? Avec votre théorie de la race, vous vous en tenez, malgré tout, à un point de vue purement naturaliste. Vous faites d’une donnée naturelle un destin et vous y bâtissez votre système au lieu de porter votre attention essentiellement sur les valeurs dans lesquelles la personnalité humaine peut vraiment entrer en jeu et que l’on peut attribuer à celle-ci.

C’est là, en quelque sorte, l’ultima ratio des adversaires du racisme. Et il faut reconnaître que cette objection n’est ni spécieuse ni étrange, mais qu’elle a une portée réelle, si l’on n’adhère pas aux déformations matérialistes et collectivistes qu’a subies la doctrine en question et que l’on se place au contraire au point de vue traditionnel, qui fait toujours ressortir les valeurs de la personnalité. Cependant, envisager cette objection, c’est affronter immédiatement le problème de la naissance. D’un point de vue supérieur, spirituel, la justification de l’idée raciste dépend de ce problème et de sa solution.

Arriver à des points de repère solides en la matière est cependant fort difficile aussi longtemps que l’on reste dans le cadre des vues qui ont été introduites en Occident avec l’avènement du christianisme. Et ce n’est pas par hasard : race et suprarace, culte du sang, aryanité, sont toutes des notions qui se formèrent et s’affirmèrent essentiellement dans des civilisations préchrétiennes. C’est dans ces traditions et dans leur sagesse qu’il faut donc chercher les éléments d’une solution aux problèmes que le retour de ces idées soulève aujourd’hui. Les conceptions de l’homme et de la vie plus récentes ne pourront nous fournir que des points de vue incomplets et souvent inadéquats.

Aussi ne faut-il pas s’étonner que le problème de la naissance reste considérablement obscur par rapport à la vision chrétienne du monde. Pour des raisons précises et assurément non arbitraires, que nous ne pouvons pas exposer ici, l’Église dut rejeter l’idée de la préexistence, qu’avaient toujours reconnue les traditions précédentes : elle nia donc que le noyau spirituel de la personnalité préexiste à la naissance terrestre ainsi que, naturellement, à la conception. Dans la théologie chrétienne, les choses, à cet égard, ne se présentent pas toujours d’une manière aussi simple que pourrait le faire croire cette négation. Pourtant, la vue fondamentale du christianisme est que toute âme humaine est unique et qu’elle est créée du néant par Dieu au moment où elle est insufflée dans un corps ou dans un embryon humain apte à la recevoir. Qu’un homme soit né dans une race plutôt que dans une autre devient alors un mystère théologique : « Dieu l’a voulu ainsi » et, d’ordinaire, on admet que la volonté divine est impénétrable.

La conception qui était celle de l’ancienne humanité à ce sujet était fort différente et c’est la seule qui permet de dépasser l’objection que nous avons déjà signalée. Pour une exposition complète de cette conception, nous devons encore une fois renvoyer le lecteur à Révolte contre le monde moderne : en résumé, nous nous limiterons ici à dire que, de ce point de vue, la naissance n’est ni un hasard, ni le fait de la volonté divine ; être fidèle à sa nature n’a rien de passif, mais témoigne de la conscience plus ou moins claire d’un lien profond entre notre moi et quelque chose de transcendant et de supraterrestre, qui peut produire un effet transfigurant. C’est là l’essence de la doctrine du karma et du dharma, doctrine qu’il ne faut pas confondre avec la notion de « réincarnation ». Comme nous l’avons démontré ailleurs, la théorie de la réincarnation est, soit une conception étrangère à la spiritualité « aryenne », qui est essentiellement celle des cycles de civilisations préaryens, tellurico-matriarcaux, soit l’effet de méprises et de déformations auxquelles certaines vues traditionnelles ont donné lieu dans certains milieux théosophistes modernes. Si, dans le monde traditionnel et même aryen, il y a apparemment des témoignages précis en faveur de la croyance en la réincarnation, en réalité, il ne s’agit ici que de la forme symbolique qu’un savoir supérieur a dû revêtir pour le peuple et les non initiés.

De toute façon, pour le problème qui nous occupe, il faut se référer, non pas à la réincarnation, mais à la doctrine selon laquelle le moi humain comme moi doté d’une nature propre déterminée est l’effet, le produit, le mode d’apparition, dans certaines conditions d’existence, d’une entité spirituelle qui lui préexiste et le transcende. Et, puisque tout ce qui est temps, d’une manière ou d’une autre, est uniquement quelque chose d’inhérent à la condition humaine, il n’y a pas, strictement parlant, de préexistence, d’antériorité au sens temporel.

On entre dans un domaine fort difficile, par là même que les conceptions et les formulations qui sont les nôtres ici-bas ne peuvent pas s’y appliquer et que, si l’on s’en sert pour décrire une réalité différente, elles peuvent facilement conduire à des falsifications et à des déformations. Quoi qu’il en soit, il est nécessaire de distinguer une double hérédité. Celle qui préexiste à l’individu au sens temporel et non transcendantal est l’hérédité des parents, de la famille, de la race, d’une certaine civilisation, d’une certaine caste, etc., et, partant, plus ou moins, tout ce que l’on entend communément par hérédité. Mais tout ceci n’épuise pas la réalité spirituelle de l’individu, comme le voudraient le matérialisme et l’historicisme : ce qu’il faut considérer comme déterminant et essentiel, c’est une intervention d’en haut, un principe revêtant et utilisant comme matériau d’expression et d’incarnation tout ce que cette hérédité a acquis, ses lois et ses déterminismes. De plus, il faut voir que l’hérédité biologico-historique d’une lignée déterminée est choisie et adoptée lorsqu’elle peut représenter approximativement une sorte d’expression analogique d’une hérédité transcendantale.

C’est pourquoi, dans tout être, deux types d’hérédité se rencontrent et convergent, l’une terrestre, historique, que, dans une large mesure, on peut définir positivement, l’autre spirituelle, supraterrestre. Ce qui établit un lien entre elles et, donc, ce qui détermine la synthèse qui définit une nature humaine déterminée, c’est un événement, qui est rendu par différents symboles dans les diverses traditions et qu’il n’est pas possible d’étudier ici. Au fond, comme nous l’avons indiqué, ce qui entre en jeu ici, c’est une sorte de loi des « affinités électives ». Pour l’illustrer par des applications, nous dirons, par exemple, que l’on n’est pas homme ou femme, de telle ou telle race ou caste, etc., parce que l’on est né ainsi, par hasard, par la « volonté de Dieu » ou par un mécanisme de causes naturelles, mais que, inversement, si l’on est né ainsi, c’est parce que l’on était déjà homme ou femme, de telle ou telle race ou caste, etc., naturellement, par analogie, dans le sens d’une disposition, vocation ou intention transcendantale que, faute de concepts adéquats, nous ne pouvons entrevoir que dans ses effets. D’une certaine manière, on a donc l’interférence de la ligne horizontale d’une hérédité terrestre et de la ligne verticale d’une hérédité non terrestre. C’est lorsqu’elles se croisent que, selon l’enseignement traditionnel, se produit la naissance ou, pour mieux dire, la conception d’un être nouveau, l’incarnation. La race, la caste, etc., existent donc dans l’esprit avant de se manifester dans l’existence terrestre et historique. La diversité provient d’« en haut », ce qui s’y rapporte sur la terre n’est que reflet et symbole. Tel on a voulu être selon une nature primordiale et une réflexion transcendantale, tel on est. Ce n’est pas la naissance qui détermine la nature, mais, inversement, c’est la nature – au sens le plus large, car, là encore, les mots courants sont traîtres – qui détermine la naissance.

Julius EVOLA

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