Le « Travailleur » et les falaises de marbre

Nés tous deux dans les dernières années du dix-neuvième siècle, Ernst Jünger et Julius Evola sont plus ou moins de la même génération, ils ont tous deux participé à la Grande Guerre, ils ont tous deux développé dans l’immédiate après-guerre, par leur activité intellectuelle et artistique, une critique radicale de la culture et de la société bourgeoise, tous deux se sont intéressés très tôt à l’ésotérisme. Tous deux étaient conscients de l’influence néfaste du Juif sur la civilisation européenne et avaient une conception spirituelle de la race. Enfin, ils se sont posés tous les deux la question de savoir quelle doit être, sur le plan pratique et concret, l’attitude spirituelle de l’homme différencié dans le monde en dissolution de la technique moderne ; le premier, dans Der Arbeiter (1932) ; le second, dans Chevaucher le tigre (1961). Pendant des décennies, J. Evola a contribué à faire connaître l’œuvre d’E. Jünger en Italie, soit par des essais (le premier d’entre eux, L’Operaio e le Scioglere di marmo (1943), a été publié en traduction française dans Totalité (n°21/22) : « Le Travailleur et les falaises de marbre », dont nous proposons ici une nouvelle traduction), soit par une traduction, (celle d’An der Zeitmauer, sous le titre d’ Al Muro del tempo, Volpe, Rome, 1965), sous le pseudonyme de Carlo d’Altavilla, soit par un ouvrage de 118 pages : L’ »operaio » nel pensiero di Ernst Jünger (Armando Armando Editore, Edizioni Avio, Rome, 1960 [ Le « Travailleur » dans la pensée d’Ernst Jünger].

« Cela faisait déjà longtemps, indique J. Evola dans l’introduction, que je m’étais proposé de faire connaître ce livre en Italie en le traduisant. Mais, en le relisant, je me suis convaincu que ce n’était pas par une traduction que j’aurais atteint le but que je m’étais fixé. En effet, les parties valables qui s’y trouvent sont mêlées à d’autres, qui, pour un lecteur sans discrimination, peuvent leur nuire, parce qu’elles subissent l’influence de situations propres à l’Allemagne d’hier et ne tiennent pas compte d’expériences dont tout le caractère problématique est apparu entre-temps. En outre, il y avait certaines difficultés éditoriales [J. Evola semble faire allusion au fait qu’il n’a pas reçu de réponse à la lettre qu’il avait envoyée en 1953 à l’écrivain allemand pour lui demander l’autorisation de traduire Der Arbeiter en italien et, plus précisément, à qui il devait s’adresser pour obtenir les droits de traduction]. J’ai donc laissé tomber l’idée d’une traduction au profit de celle d’une vaste synthèse fondée dans une large mesure sur des extraits du livre, dont j’ai laissé de côté les parties accessoires ou fausses, pour faire ressortir l’essentiel et l’immuable, en réduisant au minimum la présentation critique et explicative ».

Il s’agit en fait d’une critique très serrée de Der Arbeiter. Dans l’introduction, J. Evola affirme que, après ce roman, l’œuvre de E. Jünger « a quelque peu baissé de niveau, soit parce que le moment littéraire et esthétique y prévaut, soit parce qu’elle subit l’influence d’idées d’un ordre différent, parfois même opposées à celles qui ont inspiré ses premières publications, comme si la charge spirituelle que la guerre avait créée en lui et qu’il avait ensuite appliquée sur le plan intellectuel s’était peu à peu épuisée ». Au reste, dans « Chevaucher le tigre », l’écrivain italien résume cette critique avec laconisme : « (Jünger) devait passer de façon régressive à un tout autre ordre d’idées. » En 1956, dans son compte-rendu du Nœud gordien, il avait déjà mis en garde le lecteur contre les « idées confuses, les présentations unilatérales et discutables » qui seraient celles de l’écrivain allemand depuis la fin de la seconde guerre mondiale, réitérant ainsi avec la franchise qui le caractérisait le jugement qu’il avait porté sur son œuvre dans la lettre qu’il lui avait envoyée en 1952 : « Je m’intéresse surtout aux œuvres de la première période, disons jusqu‘à « Sur les falaises de marbre ». » (1)

Il y a déjà quelque temps qu’est paru un livre d’Ernst Jünger, un écrivain qui devait s’affirmer de plus en plus comme l’un des plus significatifs de l’Allemagne contemporaine. Il s’intitule Der Arbeiter, « Le Travailleur » ou, si l’on préfère, « L’Ouvrier » : il cherche à découvrir le visage des forces qui essaient de créer un monde nouveau par des moyens révolutionnaires. À une époque comme la nôtre, où bien des choses revêtent une fois de plus un caractère problématique, il n’est pas inintéressant de reprendre les remarques de Jünger et de les mettre en parallèle avec les idées qu’il a exprimées sous une forme romancée dans une autre de ses œuvres, beaucoup plus récente : « Sur les falaises de marbre ».

  Le Travailleur consiste dans l’examen des formes dans lesquelles s’opère, selon une nécessité fatale et irrésistible, le dépassement de l’ère bourgeoise et individualiste par une nouvelle irruption, dans le monde moderne, de ce qu’il appelle l’« élémentaire », c’est-à-dire les forces les plus profondes de la vie et de la réalité en général. Le souci constant du monde bourgeois était de créer une enceinte de sécurité hermétique pour se protéger de ces forces. La sécurité était son mythe, que la religion de la « raison » devait légitimer et consolider : la raison, aux yeux de laquelle l’élémentaire s’identifie à l’absurde et à l’irrationnel. Aimer et vouloir son destin, la lutte, le danger, tout cela apparaissait au bourgeois comme dénué de sens, comme une aberration qu’il convenait d’éliminer par une pédagogie adéquate. Mais des forces plus profondes ont repris le dessus. L’élémentaire, qui, tel le feu d’un volcan, couve toujours sous les constructions contingentes de ceux qui aspirent à une vie facile et tranquille, s’est réaffirmé dans le monde moderne, où apparaissent un nouveau type humain, une nouvelle génération et une nouvelle civilisation, qui n’ont aucun rapport avec les précédents (p. 79, 81-82).

Ce qui caractérise cette nouvelle génération, c’est qu’elle connaît l’« élémentaire » et qu’elle est en communication avec des forces élémentaires dont le bourgeois et la civilisation du Tiers-État n’ont pas même soupçonné l’existence (p. 46). Elle constitue une sorte de protestation qui se traduit directement par la recherche du danger. Son mot d’ordre est le « réalisme héroïque ». Son style, c’est la totalité, la « mobilisation totale » de la vie, sur tous les plans. L’« élémentaire » fait partie intégrante de son nouveau monde. Par ses nombreuses destructions, il provoque une sorte de catharsis, de purification. Il impose un engagement absolu à l’homme. Il révèle graduellement, au-delà tout ce qui est « individu » et « masse », ce que Jünger appelle la « personne absolue » (p. 177). Dès lors qu’il est clair que l’« esprit » s’est rendu coupable de haute trahison envers la vie, il est désormais clair qu’elle a trouvé sa sanction dans une autre trahison de l’esprit, une trahison de l’esprit envers lui-même, par un processus d’autodestruction (p. 69). La mobilisation totale, pour Jünger, consiste à dépasser des oppositions telles que l’idée et la matière, le sang et l’esprit, la force et le droit, l’individu et la collectivité, qui sont toutes des concepts liés à telle ou telle perspective partielle du siècle précédent (p. 74). Elle consiste aussi à avoir redécouvert que la vie et la religion ne font qu’un (p. 204) et qu’il est des choses beaucoup plus proches et plus importantes que le début et la fin, la vie et la mort (p. 117).

Il s’agit donc d’une « substance héroïque », qui est passée par l’école de l’anarchie, par la destruction des liens anciens et qui peut donc réaliser son exigence de liberté dans un nouveau temps, dans un nouvel espace et grâce à une nouvelle aristocratie (p. 103).

Pour ce qui est de la liberté, ce nouveau type humain sent – par opposition aux conceptions prédominantes dans la civilisation du Tiers-État – que domination et service sont une seule et même chose. L’obéissance est l’art d’écouter ; l’ordre est la propension à l’action, au commandement, qui, comme un éclair fulgurant, part du sommet pour toucher jusqu’aux racines. C’est pourquoi il rapporte l’ordre et la liberté, non pas à la « société », mais à l’État. Pour ce qui est de l’organisation, il a pour modèle, non pas le « contrat social », mais le style militaire. Et il atteint le point extrême de sa force lorsqu’il n’existe plus aucun doute sur le commandement et l’obéissance, sur le Führertum et la Gefolgschaft (p. 42). Le nouveau type humain n’appartient plus à une association ou à un parti, mais à un « mouvement » ou à un « groupe de partisans » ; ce n’est plus l’homme des « réunions », mais celui des « défilés » (p. 137). Mourir, pour lui, est devenu quelque chose de plus facile, de moins important et de moins tragique (p. 188). Dans ce nouvel univers, la totalité s’exprime aussi dans le fait que l’individu, qu’il le veuille ou non, a une responsabilité dans le tout, dont il fait partie (p. 191).

Pour caractériser ce type nouveau, Jünger utilise le mot d’Arbeiter, c’est-à-dire de travailleur ou d’ouvrier. Bien qu’il indique que ce mot doit être compris comme un concept « organique » et que, au cours de son exposé, il revête une signification différente (p. 43), il n’en convient pas moins de se demander s’il ne repose pas sur une méprise fondamentale. L’auteur souligne qu’il ne s’agit pas de l’avènement d’une couche sociale donnée mais d’une nouvelle « figure », qui insuffle un nouveau sens à tous les aspects particuliers de l’existence, comme, à une autre époque, toutes les formes de la vie étaient imprégnées, par exemple, d’esprit chevaleresque (p. 100). Et il ajoute que, par « travail », il entend « le rythme du poing, des pensées, du cœur, la vie de jour et de nuit, la science, l’amour, l’art, la foi, le culte, la guerre : travail est la vibration de l’atome et la force qui meut les étoiles et les systèmes solaires » (p. 101). Il s’agit donc – comme dirait Burzio (2) – de « démiurgisme », d’une figure caractérisée par une relation directe, active, totale avec les forces de la réalité, avec l’« élémentaire » en soi et hors de soi. Ceci ne veut pas dire pour autant que la méprise soit dissipée : au contraire, elle est confirmée par de nombreuses références au monde moderne de la technique, comme nous allons le voir tout de suite. Et Jünger dit clairement qu’il n’y a désormais que deux manières d’apprécier les villes : les concevoir, soit comme des « musées », soit comme des « usines » (p. 216).

Même s’il n’identifie pas le type général du « travailleur » à l’ouvrier d’industrie, Jünger reconnaît que l’apparition de celui-ci a contribué à révéler l’impossibilité de conserver les formes anciennes (p. 112). C’est plus précisément dans le monde de la technique qu’il voit prendre forme le nouveau type et le nouveau monde. Le monde de la technique, pour lui, doit être compris comme le symbole d’une figure particulière, celle du « travailleur » : « la technique est l’art et la manière dont le travailleur mobilise le monde. » Le « travail » devient ainsi un symbole total, il est le corps dans lequel se manifeste actuellement l’élémentaire et la puissance à laquelle devra se mesurer un nouveau type humain, une nouvelle race.

Jünger voit bien les destructions que provoque l’élément mécanique et technique. Mais, pour lui, ceci ne constitue que l’aspect contingent d’un phénomène beaucoup plus étendu et, en fin de compte, positif. L’homme, dit-il, ne doit pas chercher à excuser sa propre incapacité par le manque d’âme des moyens dont il se sert. Ces moyens révèleront leur sens caché lorsqu’ils seront pleinement maîtrisés et qu’ils deviendront le symbole d’une puissance supérieure (p. 247-8). C’est alors qu’apparaîtra la légitimité de la révolution qu’ils auront provoquée. C’est alors que la technique et toutes ses conquêtes apparaîtront comme un armement en vue de révoltes et de luttes encore imprévisibles, qu’il s’agira de chérir autant que l’ancien chevalier chérissait son épée (p. 77). La phase de destruction laissera place à un ordre réel et visible avec l’avènement d’une race nouvelle, qui saura parler la nouvelle langue de la technique, non pas au sens du simple intellect, du progrès, de l’utilité et de la commodité, mais comme langue élémentaire, profondément réelle : et c’est alors que le visage du « travailleur » dévoilera ses traits héroïques (p. 212). La preuve de la légitimité du « travailleur » consistera justement dans la maîtrise des forces qui sont devenues toutes-puissantes et dans le contrôle du mouvement absolu (p. 114). Il faut devenir capable de pressentir les formes spirituelles et la « métaphysique » qui animent les masques métalliques et humains de notre époque (p. 169)

Du reste, Jünger parle aussi de « masques humains » dans un sens spécifique. Une caractéristique fondamentale du nouveau monde, du monde du « travailleur », résiderait en effet dans le remplacement de l’individu par le type ; alors que la hiérarchie du dix-neuvième siècle était fondée sur l’individualité, le critère de référence du nouveau siècle est la correspondance plus ou moins grande à un type, qui s’affirme partout par une révolution silencieuse. C’est à ce type qu’appartient l’impersonnalité. Il n’est pas irremplaçable : chaque tué peut être immédiatement remplacé par un autre « travailleur », dans l’esprit d’une même tradition ou d’une même fonction (p. 190-6). De même que l’individu disparaît, ainsi la masse comme pure quantité disparaît – on va au contraire vers de nouvelles formations organiques et même qualitatives. Il faut bien constater qu’il y a un appauvrissement, un certain vide, une certaine uniformité, que les visages prennent l’aspect de masques, que la « couleur » et la « variété » disparaissent, même dans les vêtements, dans les gestes, les rites et que le « chiffre » et la géométrie prennent une place croissante dans la vie : mais tout ceci exprime une essentialisation, un réalisme croissant (p. 159-169). Le critère de référence est désormais l’action objective sans beaux discours, la révolution sans phrase. Et, même en tant que révolution véritable, sociale, il ne s’agit plus désormais de masses qui se déversent confusément dans les rues, mais d’un groupe d’hommes résolus qui s’emparent des centres vitaux d’une ville selon une technique précise (p. 154). Les hommes sont de nouveau typiques et importants, là où, en l’absence de complications intellectuelles ou sentimentales, ils se l’imaginaient le moins : dans la vie réelle, dans les rues et sur les places, dans les maisons et les cours, dans les avions et les métros, là où ils sont au travail. C’est là que l’on commence à entrevoir un homme qui se déplace en respectant des ordres silencieux et invisibles (p. 177).

Qu’il s’agisse ou non d’une « nouvelle barbarie, écrit Jünger (p. 90-1), l’essentiel, aujourd’hui, est de voir qu’un afflux neuf et encore indompté de forces élémentaires s’est emparé de notre monde. Sous la sécurité trompeuse d’un ordre périmé, elles sont trop proches et trop destructrices pour être comprises dans leur signification ultime. Elles prennent la forme de l’anarchie, « dont (…) les foyers ardents luisent sans cesse sous la surface avec une force volcanique ». Celui qui s’imagine encore que ce phénomène pourrait être maîtrisé par un ordre à l’ancienne appartient à la race des vaincus, condamnée à l’anéantissement. Il en résulte la nécessité d’un ordre nouveau, d’un ordre fondé, non pas sur l’exclusion du danger, mais sur une nouvelle union de la vie et du danger. Pour l’individu, le monde nouveau du « travailleur » signifiera, non pas une diminution, mais une augmentation du travail : mais il disposera de forces nouvelles pour maîtriser ces nouveaux fardeaux (p. 91). Il ne faut pas non plus se laisser égarer par le nivellement auquel sont soumis actuellement les hommes et les choses. Ce nivellement ne signifie rien d’autre que la réalisation du niveau inférieur, base du monde du « travail ». De là vient que le processus apparaisse souvent aujourd’hui comme passif, comme souffrant. Mais plus la destruction et la transformation progressent, plus l’on pourra reconnaître la possibilité d’une reconstruction organique (p. 197).

Jünger, en réalité, parle, non seulement de « soldats inconnus » (3) comme symboles, mais aussi de « chefs inconnus » (p. 140). Le monde qu’il appelle celui du « travail » est le théâtre de nouvelles preuves, de nouvelles sélections : de preuves d’une extrême froideur, objective et pour ainsi dire métallique qui permettent à la conscience héroïque de traiter le corps comme un instrument et de lui imposer, par-delà les limites de l’instinct de conservation, toute une série de performances complexes. Tout ce qui s’accomplit anonymement dans ce sens, dans des actions dont personne ne saura jamais rien, dans un avion en flammes ou dans sous-marin coulé présente les mêmes caractères que d’autres preuves qui, à des degrés divers, se rencontrent dans tout le monde du « travail » et de la nouvelle « élémentarité » comme pure et silencieuse sélection des « essences » (p. 148). C’est ainsi que Jünger voit la nouvelle aristocratie. Pour lui, le problème de la puissance est lié à une unité de vie stable et déterminée, un être indubitable ; la puissance est l’expression d’un tel « être » ; sans lui, les insignes et les symboles sont dépourvus de signification dans le monde nouveau. Pouvoir, c’est être : on le voit chez celui qui a une stature parfaitement adéquate aux moyens et aux armes dont il se sert (p. 107). Le secret du commandement authentique est de ne pas faire de promesses, mais de poser des exigences. Se sacrifier, pour l’homme, est un bonheur : et l’art suprême du commandement consiste à lui désigner des buts dignes de ce sacrifice (p. 108). L’élite à laquelle a songé Jünger est un condensé essentiel et actif du style du « travailleur », une sorte de garde, une nouvelle colonne vertébrale de l’organisation combattante, une élite que l’on peut aussi qualifier d’Ordre (p. 151) : et, en effet, l’impersonnalité, la primauté de la fin sur la personne et le principe de sélection étaient des éléments interdépendants constitutifs des anciens Ordres.

La « totalité » du monde du « travail », pour Jünger, rend la distinction entre la « ville » et la « campagne » tout à fait relative, tend, là aussi, à une unification des types. Non moins relatives sont à son avis la mobilisation en temps de guerre et la mobilisation en temps de paix et, par là, la distinction entre le combattant et le non-combattant (c’est justement à Jünger, notons-le au passage, que sont dues les premières conceptions sur la « guerre totale ». (4) Le monde du « travail » engage tout l’être, toute la vie. Et il aime, il veut cet engagement total, jusqu’au bout, jusqu’à la destruction.

C’est ainsi qu’il est question d’une foi sans dogmes et d’un monde sans dieux ; d’un savoir qui n’a pas besoin de principes ; d’une patrie qu’aucune puissance au monde ne saurait occuper (p. 131). Considérant le mouvement monotone des forces nouvelles, l’ordonnance sévère des sacrifices, semblable au contour géométrique des pyramides ainsi que les victimes, plus nombreuses que celles que n’en exigea jamais l’Inquisition ou le Moloch et dont chaque pas accroît le nombre avec une sûreté meurtrière ; considérant tout cela, Jünger se demandait comment il se fait que l’on ne sente pas que, derrière le voile des causes et des effets, ce sont le destin et la vénération qui sont à l’œuvre (p. 78). Il ne s’agit pas de s’opposer à la nouvelle réalité, mais de la dompter, de la pousser plus avant. Il s’agit pour ainsi dire d’être en pleine trajectoire. Fils, petits-fils ou arrière-petit-fils d’hommes auxquels même le doute est devenu suspect, nous traversons dans notre marche des paysages où la vie est menacée par des températures extrêmes. Plus les individus et les masses sont lassés, plus s’accroît la responsabilité qui n’échoit qu’à quelques-uns. Il n’y a pas d’issue, pas de chemin de traverse ni de retour en arrière. Il faut plutôt intensifier la force et la vitesse des processus où nous sommes pris. Il est alors bon de sentir qu’un centre invisible se cache derrière l’excès de dynamisme de notre époque (p. 249).

Pour ce qui est de l’organisation du monde du travail sur le plan le plus immédiat, où ce mot reprend son sens normal, Jünger a été un des premiers à parler d’« un espace impérial » (imperialer Raum) comme du lieu propre à un « plan » essentiellement fondé sur le principe politique, sur l’État.

Dans une autre partie du livre, il avait indiqué les trois phases principales du développement du monde nouveau du « travailleur » : la première serait la guerre 14-18 ; la seconde correspondrait à la « révolution mondiale » (anti-bourgeoise au sens large) ; quant à la troisième, il la concevait comme le retour à des formes guerrières (p. 202).

La première édition du livre en question a été publiée en 1932. On peut donc dire que Jünger a été bon prophète. Par conséquent, il serait important d’analyser ses idées à la lumière du bilan de l’histoire de ces dernières années. Mais Jünger a peut-être fait lui-même cette analyse dans son tout nouveau livre, Sur les falaises de marbre, dont nous parlerons brièvement après avoir fait quelques remarques critiques sur les idées exposées jusqu’ici.

Jünger était certainement optimiste quant au monde dont il entrevoyait l’avènement et qu’il avait associé au symbole du « travailleur ». Après avoir élargi, comme nous l’avons dit et vu, la signification du « travail » et du « travailleur », il avait explicitement affirmé que les mouvements ouvriers ne sont pas, comme le prétendent les « bourgeois », des mouvements d’esclaves, mais des mouvements de maîtres déguisés, verkappte Herrenbewegungen (p. 74). Nous avons vu qu’il ne veut pas identifier le « travailleur » à une classe sociale donnée, mais qu’il en fait un type général, centre d’une vision du monde donnée. Sa conception n’en conserve pas moins une certaine ambiguïté. En effet, dans le monde traditionnel, de même que l’aristocratie spirituelle, l’aristocratie guerrière, puis la bourgeoisie, en tant que castes hiérarchiquement organisées, correspondaient à différents types et à différentes visions du monde, ainsi le « travailleur » n’était pas une abstraction fondée sur la lutte des classes au sens moderne, mais une figure bien définie. Par conséquent, le fait que Jünger ait été amené à faire du « travailleur » le symbole de la civilisation la plus récente, au-delà des ruines du monde bourgeois ou du Tiers-État, loin d’être accidentel ou arbitraire, ne fait que confirmer une vérité entrevue par divers auteurs, qui est celle-ci : actuellement, ce qui cherche à prendre le dessus, c’est une forme de civilisation (et sa vision du monde) liée à ce que fut, jusqu’à ces dernières années, le Quatrième-État, (5) civilisation caractérisée, donc, non par la suppression des autres couches sociales et de tout domaine d’activité différent de celui du Quatrième-État (c’est-à-dire du travail), mais par une transformation de toute activité humaine en « travail ». Et ceci signifie que, loin d’être un monde « nouveau » au sens positif, celui qu’avait prévu Jünger est plutôt un monde crépusculaire, le stade auquel on arrive après la dissolution des civilisations fondées, soit sur le chef spirituel, soit sur le monarque guerrier, soit sur le Tiers-État.

La dissolution et le nivellement, dit Jünger, ne sont que des aspects contingents et initiaux. Nous sommes d’accord. Il peut y avoir une hiérarchie et une sélection dans le monde du Quatrième-État. Il peut même y avoir une discipline, un ascétisme, un héroïsme. Il suffit de considérer le phénomène bolchevique, maintenant que sont apparents un certain nombre de ses aspects qui étaient auparavant cachés par une propagande trop naïve, pour en avoir immédiatement la confirmation. D’autres développements de ce genre sont concevables dans des contextes différents de celui qui est propre au bolchevisme et au communisme. Mais la substance reste la même. Toute valeur portera l’empreinte de ce qui, dans un édifice hiérarchique normal, correspondait aux éléments les plus inférieurs, le Quatrième-État.

Le phénomène de l’irruption de l’« élémentaire » dans le monde moderne est réel, non moins que certaines de ses conséquences, que Jünger a mises en lumière avec perspicacité. Mais ce qu’il importe de ne pas perdre de vue ici, ce sont les bons points de références. Il ne faut donc pas se méprendre sur ce qui prédomine dans la substance « héroïque », activiste et tragique, qui arrive à la surface en brisant les éphémères constructions et le mythe de la « sécurité » de l’ère du Tiers-État. Bien qu’il ne soit qu’un « philosophe de salon » obsédé par l’importance de sa propre personne, ce que Keyserling a écrit dans La Révolution mondiale et les responsabilités de l’esprit sur le caractère « tellurique » et inférieur de cette révolution et, donc, des sacrifices, des héroïsmes, des disciplines, des ascétismes qu’elle comporte, n’en est pas moins parfaitement exact. Ainsi, même si l’on accepte pleinement l’élargissement du concept de « travailleur » et que l’on élimine pour le moment toute référence, directe ou indirecte, à un avènement du Quatrième-État, on est toujours en présence – dans cette nouvelle émergence de l’« élémentaire » et de ceux qui l’ont mis au centre de leur vie – de quelque chose d’ambigu et de préoccupant. Et cela n’est jamais apparu aussi clairement qu’aujourd’hui, car on a le sentiment qu’il y a de grandes forces qui sont organisées « totalement » et non moins « totalement » mobilisées – au sens où l’entend Jünger – et qui ont donc désormais dépassé la phase du chaos et de la destruction révolutionnaire, mais qui n’en sont pas moins laissées à elles-mêmes, emportées par des évènements tragiques dont on ne voit pas comment on pourrait les contrôler complètement et leur redonner une signification supérieure.

Au contraire, comme on l’a vu dans notre exposé, c’est sur l’espoir de cette signification supérieure, portée par le cours tumultueux et dangereux du destin et par l’« élémentaire » latent dans le monde de la technique et de la machine, qu’étaient fondés la conception de Jünger et son pronostic sur la civilisation nouvelle qui devait succéder au Tiers-État.

Il est temps maintenant de parler de Sur les falaises de marbre. De l’avis général, il s’agit d’un Schlüsselroman, un roman à clé, dans lequel les événements et les personnages eux-mêmes ont une valeur symbolique et se rapportent à des bouleversements et à des forces qui sont à l’œuvre à notre époque ; ils expriment donc une idée précise sous une forme fantastique.

Ce nouveau livre, écrit par Jünger en 1939, est fondé sur l’opposition entre deux mondes. L’un est celui de la « Marina » et des prairies, surplombées par les « falaises de marbre »; c’est un monde patriarcal et traditionnel, où la vie et la nature ont pour contrepartie une sagesse supérieure et un symbole ascétique et sacral incarné au plus haut point par la figure du Père Lampros. Au monde blotti contre les « falaises de marbre » s’oppose celui des marais et des forêts, dominé par une figure effrayante et diabolique que Jünger appelle l’Oberförster (le « Grand Forestier ») ; c’est là un monde « élémentaire » de violence, de cruauté, d’ignominie et de mépris de toute valeur humaine.

Le ton de l’intrigue à la fois fantastique et symbolique décrite de façon magistrale par Jünger est celui d’un « crépuscule des dieux ». Le monde du « Grand Forestier » finit par écraser celui de la Marina et des falaises de marbre. La civilisation et les mœurs de la Marina sont altérés par des processus de corruption savamment dirigés, l’anarchie s’y infiltre irrésistiblement, faute d’hommes d’action vraiment capables de s’imposer, de faire front au nihilisme et à la destruction. Au moment du plus grand danger, deux hommes essaient de prendre l’initiative d’une action libératrice. Le premier, Braquemart, incarne une volonté de puissance et une théorie du surhomme et de la supra-race de type nietzschéen, théorie qui n’est ici qu’une forme de nihilisme et dont l’abstraite cérébralité et le manque de grandeur spontanée ne peut que faire le jeu de l’adversaire, que Braquemart essaie de combattre avec ses propres armes. À ce propos, Jünger écrit : « il s’agissait dans ces conditions d’intervenir efficacement, et c’est pourquoi le besoin se faisait sentir d’ordonnateurs et de nouveaux théologiens aptes à voir clairement le mal depuis ses apparences extérieures jusqu’à ses racines les plus déliées ; alors seulement viendrait l’heure de frapper avec l’épée sacrée, qui fend l’obscurité comme un éclair. Aussi chaque homme avait-il le devoir de former une idée plus nette et plus forte que jamais du lien qui l’unissait à tous les autres, et de travailler à rassembler un nouveau trésor de légitimité. N’est-il pas nécessaire déjà de s’imposer une discipline particulière si l’on veut fournir l’effort des athlètes si bref soit-il ? Or, il s’agissait ici de la vie la plus haute, de la liberté et de la dignité mêmes de l’homme. Braquemart, à vrai dire, qui entendait rendre au Vieux la monnaie de sa pièce, tenait de tels plans pour pures balivernes. Il avait perdu le respect de soi-même et c’est là le commencement de tout malheur parmi les hommes. »

L’autre figure du monde de la Marina est le prince de Sanmyra, symbole d’une noblesse désormais épuisée. Les signes d’une grandeur traditionnelle innée, la noblesse d’âme et la propension au sacrifice audacieux et héroïque s’unissent en lui à la décadence qui est celle de ce qui vit uniquement comme un héritage du passé, comme un écho, comme quelque chose qui est moins à nous qu’aux morts. C’est pourquoi l’union de ces deux figures est comme celle d’une tradition crépusculaire à une théorie artificielle de la puissance, qui est plus de nature à étendre le désert qu’à renforcer la première. C’est pourquoi ils tentent tout seuls un coup de force désespéré contre le Grand Forestier; mais ils y laissent la vie et ne peuvent pas arrêter la catastrophe.

L’intervention de Belovar, qui représente ce qui reste des forces de la civilisation patriarcale, ne peut pas l’arrêter non plus. Le travail de désagrégation souterraine est désormais trop avancé, les « bandes de vers à feu » levées par le Grand Forestier sont désormais trop nombreuses et trop fortes. Les forces déchaînées du monde de la forêt et des marais ne peuvent plus être contenues. Belovar tombe dans la bataille de la dernière chance, après laquelle le feu, le fer, la mort et la destruction s’abattent sur le monde de la Marina et des falaises de marbre. Le Père Lampros, gardien du Mystère, de la tradition sacrée et de la contemplation, disparaît dans les décombres de son cloître en flammes. Son dernier geste est de bénir la tête tranchée du prince de Sanmyra qui s’est sacrifié dans l’ultime tentative et en est comme transfiguré par une lumière supérieure. L’Ermitage, le refuge du savant et du sage, symbole d’une discipline humaniste et d’une contemplation pour ainsi dire goethienne de la nature, brûle aussi. Du monde de la Marina, désormais en flammes, seuls quelques-uns parviennent à s’enfuir, sur un navire, emportant avec eux, comme une relique, cette tête coupée qui, beaucoup plus tard, enchâssée dans la première pierre, servira de fondation à une nouvelle cathédrale. Mais le triomphe des forces déchaînées du Grand Forestier marque la fin de ce cycle, de ce monde lié aux falaises de marbre. Le seul espoir dans cette tragédie est que l’expérience du feu destructeur soit pour l’individu un principe de renaissance, le seuil d’un monde incorruptible.

Dans le monde idéal qui est celui du nouveau livre symbolique de Jünger, il se produit donc en quelque sorte un retour à des valeurs qui, dans Le Travailleur, n’étaient sûrement pas au premier plan. Bien des d’éléments font penser qu’il s’agit ici d’une sorte de bilan négatif du monde « élémentaire » et, partant, dans une large mesure, de celui du « travailleur ». Les forces déchaînées qui détruisent les villes de la Marina, après avoir brisé les restes héroïques, mais néanmoins exsangues, de la civilisation du Second-État ainsi que les représentants artificiels et nihilistes de la pure volonté de puissance et, enfin, dans Belovar, les rares énergies encore pures et liées à la terre – les forces du Grand Forestier ne sont pas sans rappeler le monde de la « mobilisation totale », (6) le monde du Quatrième-État et du « tellurisme » révolutionnaire poussé à son paroxysme et qui révèle finalement sa véritable nature. Avec l’avènement de ces forces sur les terres de la Marina, ce n’est pas le monde de la bourgeoisie, de l’individualisme ou du Tiers-État qui s’écroule, mais celui de la qualité, de la personnalité, de l’ascétisme, de la tradition mystérique et sacrée, de la « culture » au sens supérieur. Jünger, ancien partisan de la guerre totale, qui était pour lui un critère de référence, reconnaît maintenant que « le courage guerrier n’est pas la valeur suprême » et que l’on s’achemine inévitablement vers le monde de la « forêt » et du Forestier, si, outre la force, on ne possède pas un principe supérieur, une légitimation pour ainsi dire d’en haut, comme celle qui est symbolisée par la figure de l’ascète emporté dans l’effondrement de l’oratoire en flammes après avoir donné son ultime bénédiction.

En dehors de ses aspects apocalyptiques, le nouveau livre de Jünger a donc un contenu profond. Il est empreint d’une lucidité certainement plus grande que celle de la période du « Travailleur » et qui convient à la gravité de la situation actuelle. Le phénomène de l’irruption de l’« élémentaire », comme nous l’avons dit, est réel, non moins que le processus de formation d’un nouveau type, réaliste, héroïque, impersonnel, capable d’une maîtrise absolue et d’une action absolue et tendu vers une conception totale de la vie. Même si le monde de ce type nouveau ne correspond pas exactement à celui du Grand Forestier, même s’il a laissé derrière lui l’époque des destructions et de l’anarchie et que, avec son avènement, ce n’est pas seulement le Quatrième-État que l’on célèbre dans ses différentes formes, l’horizon ne s’éclaircit pas pour autant, on ne pourra pas empêcher un terrible destin de se réaliser tant que ce monde n’aura pas pour contrepartie la tradition spirituelle au sens éminent et un Ordre, entendu, non pas selon la première conception, activiste et guerrière, de Jünger, mais par rapport aux valeurs transcendantes, aux ramifications secrètes de quelque chose « qui n’est pas de ce monde » et qui s’est peut-être conservé jusqu’à aujourd’hui. Le visage de l’époque qui vient dépendra assurément de la mesure dans laquelle, malgré tout, cette possibilité se réalisera.

Julius EVOLA

(1) Le Travailleur, Christian Bourgeois, Paris, 1989 ; Sur les falaises de marbre, L’Imaginaire Gallimard, Paris, 1990 [N.D.T.].

(2) Filippo Burzio (1891-1948) fut professeur de balistique à l’académie militaire et à l’école polytechnique de Turin. Outre des travaux de balistique, il publia des ouvrages de caractère philosophico-religieux, dont Il Demiurgo e la crisi occidentale (Bompiani, 1943), qui traite des relations de l’individu avec la société. Le « démiurge » de Burzio doit éviter tout conflit violent avec la société et faire triompher ses idées par la dialectique, les tractations, les compromis diplomatiques et machiavéliques. Burzio a écrit un compte-rendu de Révolte contre le monde moderne dans le Corriere Padano du 28 septembre 1935. Après la chute du fascisme, il est devenu directeur du quotidien La Stampa [N.D.T.].

(3) À la notion quelque peu moderne, c’est-à-dire « romantique » et intellectualiste, de « soldat inconnu », pondue par les grands techno-eunuques de la gynéco-démocratie, il convient d’opposer les pertinentes remarques faites à cet égard par de Léon de Poncins dans La Guerre occulte : « Par suite du lent travail des termites sociaux, on ne reconnaissait plus que la propriété anonyme sur le terrain économique et l’autorité anonyme dans le domaine politique. On ne concevait plus l’héroïsme et le mérite que sous le voile de l’anonymat et de l’impersonnalisme démocratique. Les futures tombes des « Soldats Inconnus », qu’on devait exalter au-dessus, non seulement de grands chefs qui ont gagné la guerre, mais des héros plus modestes souvent issus de la plèbe, dont les noms et les lieux de sépulture sont connus, devaient être la preuve palpable de cette transmutation de la mentalité humaine par l’action des valeurs judaïques patiemment et inlassablement inculquées.

Selon le calcul des probabilités, il y a beaucoup de chances pour que le « Soldat Inconnu », français, anglais, italien, polonais ait été un homme du peuple. Il y en a même assez pour que la chose soit tacitement sous-entendue et que le culte nouveau ait ce caractère aux regards des masses. On s’en fera donc, fort ingénieusement une sorte de champion anonyme dont l’impersonnelle popularité contrebalancera en quelque sorte le prestige personnel des chefs ou héros « connus » qui ont le grand tort de constituer, à la face du monde, un témoignage flagrant d’égalitarisme donnant, par cela même, un démenti formel à la théorie démocratique qui veut que l’homme ne soit qu’une fonction appartenant à la cité. » [N.D.T.]

(4) En fait, il apparaît que Jünger fut précédé dans ce sens par le général italien Giulio Douhet qui, dans Il Comando dell’aria (1921), théorisa pour la première fois l’utilisation stratégique du bombardier. « La distinction entre belligérants et non belligérants, écrit Douhet, n’est plus admissible de nos jours, ni en pratique ni en théorie. Elle ne l’est plus en théorie, parce que, quand des nations sont en guerre, chacun doit prendre part au conflit : le soldat avec son fusil ; la femme, en fabriquant des munitions dans une usine ; le paysan, en cultivant sa terre; le scientifique, en faisant des expériences dans son laboratoire. Elle ne l’est plus en pratique, parce que, de nos jours, l’offensive peut atteindre n’importe qui ». Cependant, comme le fait remarquer John Kleeves dans Sacrifici umani – Stati Uniti : I signori della guerra (Edizioni di Ar, Padoue, 2005), aucun pays occidental, ni l’Italie, ni la France, ni l’Allemagne, ni même la Russie, n’accepta cette théorie, à l’exception des États-Unis d’Amérique et de la Grande-Bretagne. Celle-ci, comme le suggère l’amiral Sir Gerald Dickens (Bombing and Strategy – The Fallacy of Total War, Sampson Low, Marston & Co, Ltd, Londres, 1946), n’aurait pas hésité à utiliser la stratégie du bombardement aérien dès la première guerre mondiale, si celle-ci s’était prolongée. Dans A History of Strategic Bombing (Charles Scribner’s Sons, New York, 1982) Lee Kenneth déclare : « de tous les belligérants de la seconde guerre mondiale, seuls la Grande-Bretagne et les États-Unis avaient misé sur l’offensive aérienne stratégique [l’area bombing, le bombardement aérien des populations civiles] avant le début du conflit. » [N.D.T.]

(5) Cf. « Le Quatrième- État ? » et « ‘Mythe’ du Quatrième-État (qu’est-ce que le marxisme ?) ». In Phénoménologie de la subversion, L’Homme Libre, Paris, 2003 [N.D.T.].

(6) Cf. Die totale Mobilmachung, Berlin, 1930 (La Mobilisation totale, traduit par Marc B. de Launay, Recherches, n°32/33, septembre 1978 [N.D.T.]).

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