Une victime d’Israël

De Bismarck à Metternich en passant par Mussolini, Hitler et Codreanu, on sait que J. Evola s’est intéressé à la pensée et à l’œuvre des derniers grands hommes politiques de l’histoire, pour les mettre, sans complaisance, à l’épreuve des principes fondateurs et formateurs de la civilisation indo-européenne, dans la perspective d’une restauration de l’ordre traditionnel en Europe; c’est donc essentiellement d’un point de vue spirituel que J. Evola a examiné leur pensée et leur action. Chacun d’eux s’est employé à combattre et à mettre hors d’état de nuire les deux principaux instruments subversifs du judaïsme à l’époque moderne : le capitalisme spéculatif et le socialo-communisme, qui ne sont que les deux faces d’une même pièce : c’est le cas de le dire, puisqu’ils sont tous deux fondés sur une vision exclusivement économique de la vie humaine, qui va de pair avec la volonté de détruire le politique et l’État. À l’heure où l’État n’est plus, de facto, qu’une entreprise privée para-mafieuse gérée cahin-caha par des hommes de paille et où la politique, supplantée par l’économie, n’est plus qu’un simulacre, il convient de nous tourner avec J. Evola vers un homme d’État russe méconnu, oublié par l’histoire, qui, par son action politique, aurait pu empêcher le déclenchement de la révolution bolchevique et, par suite, l’avènement du communisme en Russie et ailleurs, s’il avait été réellement soutenu et épaulé par une élite véritable : Stolypine, premier ministre de Nicolas II de 1906 à 1911 : une énième victime d’Israël (cet article, signé Julius Evola, est paru dans La Vita Italiana en janvier 1939).

Les spécialistes de l’histoire de l’Europe de la période précédente ont la fâcheuse manie de considérer le bolchevisme plus ou moins comme un phénomène en soi, non pas en ce sens qu’ils en ignoreraient les antécédents doctrinaires, c’est-à-dire la première et la seconde Internationale, mais, avant tout, en ce sens qu’ils négligent d’étudier le milieu historique et social russe qui devait rendre possible la révolution ; ensuite, parce qu’ils oublient de rechercher les influences secrètes, les « puissances indirectes » qui ont favorisé le jeu d’une minorité subversive en mettant à sa disposition un concours de circonstances particulier.

Ce n’est pas sur ce second point que nous nous arrêterons ici, car nous aurions à répéter des choses désormais très connues des lecteurs assidus de Vita Italiana, dont, en particulier, la campagne secrète et concertée menée à partir d’un certain moment contre la Russie tsariste par la haute finance judéo-américaine et certains milieux anglais mystérieux liés à des personnalités de l’Intelligence Service ; (1) la subvention octroyée directement aux bolcheviques par le consortium Schiff-Warburg par l’intermédiaire de Trotski ; l’influence que certains représentants masqués du front de la subversion mondiale comme le fameux juif apatride Parvus Helphand (Goldfandt) sont parvenus à exercer sur certains milieux allemands imbus d’eux-mêmes, en exploitant leur machiavélisme myope ; les dessous de la décomposition de l’armée russe, de la défaillance « accidentelle » de certains fournisseurs de matériel militaire à certains moments donnés et ainsi de suite.

Nous voudrions au contraire souligner les antécédents de la révolution russe, la situation qui l’a rendue possible en fournissant un terrain capable d’accueillir et de faire pousser la mauvaise graine du communisme. Ce faisant, il conviendra de parler d’une personnalité politique russe qui a été presque oubliée, mais qui, si la balle d’un Juif n’avait pas brisé prématurément sa vie, aurait sans doute pu faire prendre à l’histoire de son pays une direction fort différente et empêcher que la révolution ne le détruise. Nous voulons parler de Stolypine, premier ministre de la Russie de juin 1906 à septembre 1911, qui avait obtenu de Nicolas II des pouvoirs quasi-dictatoriaux. Le comte Malynski, dans un ouvrage récent, a montré la figure de Stolypine sous son vrai jour, tout en faisant une synthèse tellement lucide des précédents de la révolution russe que nous pensons qu’il est intéressant d’en rapporter ici les points principaux. (2)

Deux évènements décidèrent virtuellement du sort de la dynastie et de l’empire russes. Le premier fut l’affranchissement des serfs par Alexandre II ; le second, l’industrialisation de l’empire par Alexandre III.

Avant Alexandre II, le système social russe était plus ou moins moyenâgeux. La terre appartenait essentiellement aux grandes familles nobles et aux grands propriétaires, dont la populace rurale, qui vivait de la terre, était entièrement dépendante. Alexandre II « émancipa » cet élément rural, c’est-à-dire qu’il l’arracha à la terre et la ravala au rang d’une masse de parias nomades. Une grande partie des terres furent mises à la disposition de communes rurales (les mirs) gérées collectivement : ces terres n’appartenaient à personne, la main-d’œuvre était affectée à telle ou telle tâche et, au fond, elle était exploitée et moins bien payée que sous le régime précédent. Sous ce régime le paysan était au moins attaché à une terre, celle de son seigneur, il savait ainsi qu’il travaillait pour quelqu’un et il en était souvent fier. Devenu « libre » il fut plus ou moins transformé en prolétaire, en simple instrument automatique de travail. Ce fut là, sous Alexandre II, le vrai résultat des « nobles et généreuses idées libérales » et, de fait, la réforme de ce souverain fut saluée par les applaudissements frénétiques de la presse démocratique européenne de l’époque.

La situation s’aggrava encore sous Alexandre III. C’est ce souverain qui entreprit l’industrialisation artificielle et corruptrice de la Russie. Aucune tentative ne fut faite pour profiter de façon organique, dans la mesure des moyens dont on disposait, des ressources naturelles russes ; au contraire ces ressources furent mises à la disposition du capital étranger, ce qui encouragea un mode de production visant à profiter uniquement à un capital omnipotent et à enrichir une nouvelle classe de profiteurs, tout en galvanisant de plus en plus l’opposition prolétarienne. Il faut reconnaître que le régime tsariste n’avait pas voulu expressément en arriver là mais qu’il y avait été poussé […] par des considérations politiques. Les capitaux furent fournis dans leur majeure partie par la France dans le but de renforcer la Russie, devenue son alliée, dans l’éventualité d’une nouvelle guerre contre l’Allemagne et de la revanche qu’elle attendait avec impatience. Comme elle dépendait uniquement de fonds d’origine étrangère, l’industrie fut privée du fondement naturel de la terre, qui nourrit son peuple et lui fournit, sans intermédiaires et sans spéculations, ses moyens d’existence. Il en résulta que ni ceux qui travaillaient ni ceux qui les employaient n’avaient directement accès aux moyens de vivre et de faire vivre. Les relations entre les hommes changèrent. Aux anciennes relations […] se substituèrent des relations uniquement fondées sur l’argent, qui finirent par se réduire à une opposition pure et simple entre ceux qui avaient le ventre vide et ceux qui avaient le ventre plein. Le sol russe était arrivé à un tel stade de dégradation matérialiste qu’il était mûr comme peu d’autres pour l’agitation subversive de l’idéologie marxiste de la guerre des classes, car c’était un des rares pays où le processus avait été aussi rapide et le paysan russe, comme le Russe en général, ne connaît pas les moyens termes, les sages compromis : il passe d’un extrême à l’autre. Libéré d’un système patriarcal d’obéissance rigoureuse et aveugle, il peut devenir un parfait anarchiste.

C’est ainsi que le mouvement révolutionnaire commença à apparaître en Russie, naturellement, non pas de façon spontanée, mais par suite de l’action de noyaux subversifs. On se souvient encore des évènements tragiques de 1905 et de 1906, mais, à cette époque-là, le phénomène était fort limité. Les effets des habitudes patriarcales séculaires ne pouvaient pas disparaître d’un jour à l’autre et une grande partie du peuple russe, au mépris de ce que la presse internationale laissait entendre, malgré une misère sociale manifeste, était encore immunisée contre le virus répandu par une bande d’énergumènes révolutionnaires.

Le danger pouvait donc encore être écarté ; et, en réalité, Stolypine apparaît comme un homme en quelque sorte providentiel, une personne qui aurait pu tout sauver. Nommé gouverneur d’une province où la révolte paysanne faisait particulièrement rage, il fit montre de qualités telles qu’il attira immédiatement l’attention sur lui et que, à la dissolution de la Douma, il fut nommé premier ministre de l’empire. Stolypine se donna pour tâche de découvrir les causes réelles du phénomène révolutionnaire et de le détruire, dans ses causes, par une politique d’assainissement constructive plutôt que répressive.

C’est pourquoi, pour se rendre compte de la situation réelle, ce n’était pas aux livres ni aux brochures confectionnés par les démagogues embusqués qui prétendaient exprimer « les souffrances du peuple assoiffé de liberté » qu’il s’en remettait : il se renseignait auprès du peuple, qui n’était pas pour lui un mythe avec une majuscule, mais une réalité d’individus vivants. Et de la bouche de ce peuple, avec lequel il était en contact direct depuis son enfance, il recueillait toujours et partout la même réponse. À ce sujet, il convient de laisser parler la fille du ministre, Alexandra Stolypine, qui rapporte une des réponses qu’elle avait entendue : « « C’est vrai, disaient les paysans, c’est vrai que tout piller et saccager n’aboutit à rien ». Et à la question de mon père qui leur demanda pourquoi alors ils volaient et saccageaient, l’un d’eux, approuvé par tous ses compagnons, répondit : « Ce que je voudrais, c’est le papier bleu avec les armes impériales qui me donnerait en toute propriété, à moi et à ma famille, un petit morceau de terrain. Je pourrais le payer peu à peu, car grâce à Dieu on sait travailler dans notre famille ; mais à quoi bon travailler maintenant ? On aime un terrain, on s’applique à le cultiver le mieux qu’on peut, mieux que les autres, et puis, ce terrain qu’on aime, où l’on a mis toute son âme, on vous l’enlève pour le donner à un autre et l’année suivante la Commune vous envoie travailler ailleurs. Ce que je dis à Votre Excellence est vrai et beaucoup de mes camarades pensent comme moi : à quoi bon se donner de la peine ? » »

Alexandra Stolypine ajoute : « Mon père écoutait tous ces discours avec une pitié infinie. Pauvre Russie construite de bois et de chaume, – disait-il souvent. Dans sa pensée il voyait les fermes florissantes de l’Allemagne voisine où des gens calmes et tenaces amassaient, sur des étendues de terrain minuscules comparées à nos plaines, des récoltes et des économies sans cesse augmentées qui passaient de père en fils. Tournant alors ses regards vers l’Oural, il parcourait en pensée la longue route des déportés à travers cet empire asiatique russe où, dans un sol vierge, tous les trésors que la nature fertile peut créer dormaient d’un sommeil séculaire…. »

Malynski dit à juste titre que ces mots renferment toute la genèse du cataclysme russe. C’était effectivement là l’origine de la marée montante de l’agitation révolutionnaire : l’exaspération engendrée par la misère. Aucune révolution dans l’histoire n’a eu d’autre cause initiale et, même dans les révolutions classées comme religieuses, la foi n’est généralement que la mèche qui allume l’incendie et non le combustible, sans lequel il ne saurait y avoir d’incendie général. La cause première de l’agitation populaire russe était la situation sans issue d’une masse qui devait vivre de ce qu’elle semait et récoltait et qui n’avait plus où semer et récolter, du fait de l’« émancipation » des serfs et de la prolétarisation du reste de la population dans le cadre d’une industrie sans visage qui se gardait bien d’ajuster les salaires, restés ceux de l’époque précapitaliste, aux profits fabuleux qui formaient les nouvelles fortunes.

Stolypine fut le seul à voir clair dans ces causes et à deviner le vrai remède. Féodal de naissance et d’éducation, il s’attela à une tâche inédite et paradoxale : faire d’un féodalisme bien compris et généralisé un principe résolument « révolutionnaire » capable de vaincre le capitalisme comme le socialisme. C’est à cet effet que Stolypine tenta une réforme fondamentale des affaires russes, à laquelle il consacra toutes ses forces.

Le 9 novembre 1906, il présenta et fit promulguer une nouvelle loi agraire, qui instaurait la propriété privée paysanne. En vertu de cette loi, tout paysan pouvait quitter sa Commune et acquérir une parcelle de terrain à crédit ; il versait la somme d’argent dont il disposait et le trésor impérial prenait la différence à sa charge. Certaines de ces terres appartenaient à l’État ; d’autres étaient achetées à bas prix par l’État à ceux qui voulaient s’en défaire. Par suite de cette loi, un demi-million de chefs de famille entrèrent presque immédiatement en possession de presque quatre millions d’hectares.

Ce fut là le premier point du programme de Stolypine. Ce fut, pour ainsi dire, la première mesure d’urgence, destinée à enrayer l’agitation révolutionnaire croissante et à assurer la tranquillité au moins relative qui était indispensable à la seconde phase du plan. Cette seconde phase avait pour but de valoriser les terres presque vierges de la partie asiatique et orientale de l’empire, non pas dans un contexte capitaliste, mais dans le cadre d’une économie nationale fermée, d’une véritable autarcie qui devait s’articuler sur le modèle du régime féodal. Mais, pour en arriver là, il fallait d’abord résoudre le problème des moyens de communication. Stolypine commença donc la construction du Transsibérien du Sud.

Il y avait déjà un Transsibérien, qui avait été construit sur l’initiative de Witte ; cependant, il reflétait de manière frappante les conceptions capitalistes de ce ministre. En effet, il avait été tracé dans le but évident de relier l’Europe et les parties les plus peuplées de la Russie à l’Extrême-Orient, au service des intérêts qu’avaient en Orient les grands financiers de Paris, de Londres et de Berlin : il ne visait nullement à atteindre les contrées russes les plus fertiles et les plus propres à la colonisation intérieure. Au contraire, c’était là l’idée qui présidait au plan du Transsibérien du Sud tel qu’il avait été voulu par Stolypine. Son but était de déplacer la main d’œuvre russe vers l’Orient. Il devait en résulter la destruction de la tyrannie capitaliste et la naissance d’un système de changes équilibré et d’une industrie fondée sur les besoins réels et non sur l’utilisation et la multiplication de capitaux anonymes et même étrangers, qui n’étaient destinés qu’à la précipiter dans une activité économique excessive et désordonnée.

Malynski écrit : « En 1895, après trois cents ans de domination russe, la Sibérie, beaucoup plus spacieuse que toute l’Europe, était peuplée de quatre millions d’habitants, dont une partie descendait des déportés politiques ou de droit commun. Entre 1895 et 1907, entre l’ouverture du premier transsibérien et l’accession de Stolypine au pouvoir, cette population avait augmenté d’un million et demi. Et rien qu’en trois années et sous l’administration de Stolypine, bien que le nouveau chemin de fer ne fut pas terminé, elle augmenta de presque deux millions (…) Tout porte à croire que par le fait du nouveau chemin de fer et parce que l’inertie séculaire russe aurait été secouée par un gouvernement qui consacrait à cette tâche le meilleur de son énergie, ce chiffre aurait dû être (…) entre 1920 et 1930, de trente à quarante millions. Et ceci ne signifie pas trente ou quarante millions de prolétaires grinçant des dents, de va-nu-pieds courant après un salaire problématique, mais trente ou quarante millions de petits propriétaires cossus et prospères (…), d’hommes heureux de vivre, assurés de leur avenir, satisfaits de leur sort, économiquement indépendants autant qu’il est possible de l’être et constituant un frein formidable contre toute révolution, force conservatrice et réactionnaire comme aucun pays ni aucune partie du monde n’en possède actuellement de pareille. »

Naturellement, les petites propriétés auraient coexisté avec les grandes, qui auraient constitué en quelque sorte leurs centres de gravitation et auraient pu développer des formes d’industrie autonomes dont les éléments étrangers ou les intermédiaires auraient été exclus, jusqu’à la constitution de trusts horizontaux et verticaux à la fois. Contrairement à l’industrialisme capitaliste, il aurait été rigoureusement fondé sur la propriété privée, la réalité substantielle des valeurs, la stabilité des titulaires du crédit exclusivement mutuel, qui se serait amorti en circuit fermé et se serait couvert avec la réciprocité des services et des prestations personnels. Le jour où ce résultat aurait été atteint, la supériorité du régime de la propriété privée sur le système capitaliste anonyme, qui dissout toutes les valeurs substantielles dans une forme fluide, anodine et ambiguë, aurait été manifestement prouvée et aurait montré sous un jour peu flatteur cette époque où l’on croyait qu’il n’y avait pas d’autre issue pour le genre humain que l’alternative entre le communisme juif et le capitalisme israélite, formules convergentes qui n’aboutissent qu’à la dépersonnalisation et au nivellement.

Comme le constate Malynski, une crise du genre de celle dont souffre actuellement une grande partie du monde, crise paradoxale de surproduction, serait inimaginable dans le système de propriété qui était souhaité par Stolypine et qui est organisé de la façon décrite ci-dessus. Sous un tel régime, une crise semblable se transformerait en une bénédiction du ciel. Lorsque le capitalisme a pour conséquence que la surabondance entraîne la misère et que « le crédit, c’est la fortune », on peut dire qu’il s’est lui-même disqualifié et condamné. Malheureusement, le seul qui semble profiter de cette absurdité, souvent, c’est le socialisme, qui est un capitalisme au carré.

Au début du dix-neuvième siècle, un homme avait proposé une autre solution et avait même commencé à l’appliquer : Stolypine. De nombreux facteurs facilitaient son œuvre. En premier lieu, les possibilités du sol russe, qui étaient de nature à faire effectivement de l’empire un régime autarcique. En second lieu, la force que conservaient les anciennes traditions, le sentiment, encore vif, qu’entre un propriétaire et un roi, entre un patrimoine ancestral et une patrie, il n’y avait qu’une différence de degré dans une même échelle de valeurs, non pas matérielles, mais, avant tout, spirituelles. Enfin, la propension à l’obéissance loyale qui existait toujours dans la couche rurale russe qui n’avait pas été contaminée par la mentalité capitaliste, qui lui était inconnue et étrangère avant les mauvais exemples récents. Stolypine aurait donc pu atteindre son but, faire de la Russie chaotique et inquiète un chef-d’œuvre d’un type inédit.

Mais, pour en arriver là, il aurait fallu couper l’herbe sous le pied à Israël, déjouer les manœuvres du « peuple élu » dans les deux points stratégiques fondamentaux de son offensive moderne : le capitalisme et le socialisme. Et c’est pourquoi Stolypine, bien qu’il n’ait manifesté aucune hostilité particulière envers les Juifs, est devenu leur bête noire ; la presse internationale, qu’ils stipendiaient, entreprit de le dépeindre comme un tyran, une bête sanguinaire, un oppresseur, alors que, en grand féodal, il avait été un libéral hors pair en créant d’innombrables propriétés et, par suite, autant de libertés et en ne cherchant qu’à sauver sa patrie, comme cela était encore possible, du piège de la finance anonyme et apatride. Sous Stolypine, contrairement à ce qui s’était passé à d’autres époques, il n’y eut pas de pogrom en Russie. Mais si Stolypine ne persécuta pas individuellement les Juifs, il leur fit collectivement plus de mal que s’il en avait fait exterminer froidement quelques dizaines de milliers. En effet, il était évident que, par sa politique, il allait rendre impossible l’existence de parasites et détruire ce qui rendait possible l’asservissement de la Russie à l’Internationale financière juive, aussi bien que les manœuvres subversives de l’Internationale socialiste juive. Les Juifs, qui ne voyaient pas comment vivre autrement et ne voulaient pas vivre autrement en Russie, n’avaient que la triste perspective de s’en aller, d’émigrer. C’est ainsi que, en Russie, jamais autant de Juifs ne firent une demande de passeport, principalement en vue d’émigrer aux États-Unis, terre promise du capitalisme, que sous le régime de Stolypine. Le gouvernement, naturellement, ne se fit pas prier pour les délivrer et Stolypine contribua donc fortement à faire augmenter la population des ghettos des métropoles américaines et européennes. Comme le dit bien Malynski, les misérables fuyaient la Russie, cette nouvelle Égypte, où ils n’étaient cependant pas obligés de construire, sous le fouet, des pyramides.

Mais cela ne pouvait pas durer longtemps. Les chefs du front secret de la subversion mondiale ne mirent pas longtemps à s’entendre pour « écraser l’infâme ». Israël, on le sait, ne pardonne pas : « celui qui se heurte à Israël ne connaîtra ni paix ni sommeil », comme le dit leur tradition. Supprimer d’un seul coup le capitalisme simple et le capitalisme au carré, capitalisme d’État qui devait être bâti après que le collectivisme communiste aurait tout détruit, c’était vraiment trop ; et il ne s’agissait pas là d’un petit État, mais de la Russie, aussi grande, à elle seule, qu’un continent.

A ceux qui critiquent les « hallucinés de la conspiration mondiale », (3) nous dirons donc que ce n’est pas par hasard que, un beau jour, la villa de Stolypine fut réduite en cendres par une bombe lancée par des Juifs déguisés en fonctionnaires. Une centaine d’innocents périrent, et si le ministre en sortit indemne, ses enfants furent estropiés. Par la suite, les complots se multiplièrent, tous déjoués par la police. Jusqu’à ce que, un jour, l’irréparable se produise. En septembre 1911, à Kiev, lors d’un gala à l’opéra, un agent de police en tenue de soirée s’approche de Stolypine sans se faire remarquer et décharge sur lui son revolver. De nouveau, c’était, par hasard, un Juif. (4)

Stolypine expira quelques jours plus tard. L’Europe n’y accorda pas plus d’importance qu’à n’importe quel autre attentat ; « C’est comme ça en Russie », dit-on. Mais, en réalité, celui qui se rendait compte de l’enchaînement des causes et des effets voyait que ce malheur était irréparable. Comme le dit à juste titre Malynski, du point de vue historique, ce n’était pas seulement un ministre qui avait été abattu par une balle juive, c’était la possibilité même d’une future Russie grande et forte qui avait été brisée, puisqu’il apparut bientôt clairement que personne ne serait plus en mesure d’assumer l’héritage de Stolypine, de continuer son œuvre avec la même clairvoyance et la même détermination. Stolypine vivant, la révolution aurait vraisemblablement été prévue et évitée, malgré la guerre; mais le « destin », terme qui est ici synonyme de conspiration occulte, en avait décidé autrement. Nicolas II, en signant son abdication, aurait dit : « Si Stolypine avait été là, cela ne serait pas arrivé. »

Le fait que, malgré vingt ans de bolchevisme, il reste encore aujourd’hui des traces de la réforme antisocialiste et anticapitaliste de Stolypine montre ce qu’elle aurait pu signifier pour l’avenir de la Russie, si elle avait été réalisée. Les forces qui ont détruit en Russie l’empire, la dynastie, la noblesse, l’ordre social traditionnel, ne sont pas encore parvenues à briser l’obstacle que constituent pour elles les restes d’une paysannerie relativement aisée de propriétaires privés libres sur leurs terres : les millions d’hommes que Stolypine a libérés de l’esclavage des Communes rurales et dont il a fait des propriétaires indépendants en réalisant la première phase de son programme. Ils résistent encore avec ténacité au communisme et nourrissent un profond sentiment de révolte envers la dictature judéo-soviétique qui les oblige à mener une existence misérable ; ce sentiment portera ses fruits. Malynski dit : « Nous assistons donc à un spectacle suggestif. Il a été plus facile d’anéantir des siècles d’histoire que l’œuvre toute récente (…) d’un seul homme qui fut au pouvoir pendant quatre années seulement. Et si la plus puissante tentative de collectivisation qui a été faite dans les annales de l’humanité échoue, ce sera l’ombre du grand novateur féodal dont notre génération a presque oublié le nom qui, vingt années après sa mort, aura vaincu. Le bolchevisme a aisément triomphé des vivants et c’est ce mort, que les balles juives ne peuvent pas tuer une seconde fois, qui constitue son vrai péril. C’est la plus belle oraison funèbre que l’on puisse faire au ministre de Nicolas II, et c’est l’histoire qui la prononce devant nous, sur cette tombe oubliée. »

Nous pensons donc qu’il n’a pas été inintéressant d’attirer l’attention de nos lecteurs sur cet épisode aussi important que peu connu de la guerre occulte, par la même que Stolypine est en même temps le symbole d’une voie, la voie traditionnelle. Dans l’ordre spirituel et éthique comme dans l’ordre matériel et économique et pour tout ce qui a trait aux problèmes de la terre et de la propriété, c’est la seule voie à suivre pour une vraie reconstruction ; et elle est par là même celle que, par tous les moyens, directs ou indirects, le front secret de la subversion mondiale a essayé, essaie et essaiera de plus en plus de rendre irréalisable.

Julius EVOLA

Copyright © 2004 Thompkins & Cariou

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